La solitude, apres la perte
Après la perte ...
Après des années d'enfance à vivre seul.e j’avais essayé de recommencer une vie. Mais j’ai compris que c’était irrémédiable, j’avais vécu.e seul pendant si longtemps : un fatum mais à force, une habitude. Triste infiniment ms in fine apaisant : plus de scènes, de justifications impossibles à fournir, le silence, mes habitudes saugrenues que personne ne questionnait, pour me demander pourquoi je regardais encore le même film tous les soirs, ni ne déplaçait ma tasse sur la table, place sacrée, n’interrompant mon silence matinal...
Au fil des années, l'amour retrouvé, en fait jamais perdu, demeurant intact, un phénomène curieux s'est installé : cette paix pourtant désirée s’est transformée en vide, les soirées, trop longues : en me promenant dans le parc, je voyais des couples âgés marcher lentement côte à côte. Vint la nostalgie. (Peut-être marchait il /elle avec un.e autre.. rassurant et poignant à la fois).
Elle/il revint, chaleureux.se, compréhensif.ve, vivant e, comme ceux et celles qui ont beaucoup perdu mais jamais vraiment renoncé, un.e roc. J'étais seul.e depuis tant d'années, d’abord par nécessité familiale quasi culturelle, ensuite par habitude, puis advint un autre phénomène curieux, un autre besoin : la nécessité devint choix. Le palliatif devint nécessité.
Mais l'amour toujours restait intact. Déchirure. Nostalgie. Et au bout du chagrin, au fond de la piscine, j'ai donné un coup de pied et suis remonté.e en surface, sans palier de décompression. Vertiges. Cela pourrait fonctionner encore.. Le bonheur. Miracle inespéré, il/elle revint.
La deuxième semaine, j’ai remarqué que mes serviettes étaient suspendues autrement. Que des épices bizarres que je n’utilisais jamais étaient apparues en désordre dans la cuisine.. qu’il/elle allumait la radio le matin à l’heure où je savourais le silence et reprenais en détails mes rêves de la nuit... la vie à deux impliquait des compromis, soit..
La troisième semaine je l’ai écouté.e dans la pièce voisine, au téléphone, parlant avec sa sœur dans leur langue que je ne comprenais pas, le son était agréable, rires, chaleur humaine, scène ordinaire d’un après-midi paisible.. mais je sentis quelque chose se refermer en moi. À cause de moi. Je me sentais incapable d’être constamment sous le feu, disponible, une présence d'une autre présence. Que je ne m’appartenais plus.
Nos conversations, toujours riches, sa culture étant impressionnante, me plaisaient pourtant. Mais parfois chaque mot, et stt chaque écoute me demandait un effort. Fatigue
Elle/il n’exigeait ptt rien d’impossible. Acceptant avec humour que je ne l'écoutasse pas vraiment. Le problème, c’était moi. Ou plutôt le fait que j’avais tellement grandi solitaire, plus exactement avec ma solitude, (retrouvée lors de la rupture) qu’elle n’était plus seulement de la solitude, ms mon ordre intérieur. Ma respiration. Ma couche protectrice. Ma façon de faire face au monde. À la fin de la troisième semaine, un soir, assis dans la cuisine, écoutant les bruits de la pièce voisine, tout à fait ordinaires, ni forts ni agaçants, quelque chose s’alourdit en moi, j’ai compris : ce n’est pas une autre vie qui me manque. C’est mon ancienne paix. Douloureux pourtant.
Le lendemain, nous avons parlé. Son regard s’est assombri, je lui ai dit que
le problème venait de moi — plus précisément du fait qu’en sept ans, la solitude (déjà celle de mon enfance), était devenue par defaut mon mode de vie, une partie de mon être, moi : je ne sais plus vivre en faisant de la place à quelqu’un chaque jour.
Elle/il partit élégamment, laissant place à une réédition : un travail ailleurs, une conférence.. prétextes.. Pas de drame, faire comme si.
La première nuit, le silence semblait trop vaste. Trop présent mais après quelques jours, j’ai retrouvé cette sensation familière : cette paix, ce soulagement, cette légèreté de ne pas avoir à donner des explications. Repondre à des questions. Sans cette vigilance constante qui s’installe lorsqu’une autre personne vous voit, vous regarde, et partage votre espace.
Lorsque je me suis retrouvé.e seul.e, la première nuit donc a été étrange. Très silencieuse. Trop silencieuse. Je suis resté.e debout au milieu de la pièce à écouter ce silence qui m’avait ptt tant manqué. Et alors, quelque chose d’inattendu s’est produit:
je n’ai plus ressenti de tristesse ms pour la première fois, reconnu une vérité essentielle : pour moi, être seul n’est pas une punition, c’est ma manière de rester fidèle à moi-même. Certaines personnes ont besoin d’une présence à leurs côtés en vieillissant pour ne pas ressentir le vide. Moi, j’ai compris que j’avais surtout besoin d’une paix dans laquelle je peux exister sans rôle à jouer, (épuisant) sans explications à donner, sans adaptation permanente.
Je regrette parfois — lorsque je vois, sur un banc du parc, un couple âgé se sourire. Mais je sais aussi que ce n'est pas pour moi, que je me sens mieux dans ma propre peau lorsque je suis seul.e. Peut-être n’est-ce pas de la solitude ms simplement une forme de connaissance de soi qui est arrivée trop tardivement.
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