Mina la chatte dont personne ne voulait
Corrections effectuées
J’étais venue pour un chaton, une boule de poil rigolote. Puis j’ai vu une vieille chatte poser son seul jouet devant moi, comme si elle essayait de me dire quelque chose de se faire aimer. Un chaton, c'était bien, j’étais fatiguée, des factures, des travaux, des soucis, fatiguée de rentrer le soir dans un logis silencieux et vide. Un joyeux compagnon, un bébé amusant serait idéal.
Le refuge sentait cette odeur des animaux qu’on reconnaît tout de suite.
— "Des chatons on en a plusieurs. Venez". La bénévole m’a emmenée au fond. Et soudain, comme un souffle, je l'ai "sentie", quelque chose vibrait tout en bas. Je me suis arrêtée devant un box qui servait d'étagère pour des sacs de croquettes et de litière. À l’intérieur, une chatte adulte, assise bien droite, avec un vieux nounours en peluche dans la gueule, me fixait. Elle ne miaulait pas, ne grattait pas, ne demandait rien, mais regardait les gens passer.. et dès que quelqu’un s’approchait, rare, se levait, avançait doucement et posait le nounours devant la porte. Comme un petit cadeau ou une prière silencieuse et discrète.. pour qu'on la voie, qu'on la prenne en compte, juste ça, elle n'osait demander plus tant elle avait vu des gens lui tourner le dos. Elle montrait ce qu’elle avait de plus précieux. Au cas ou.
— Ce nounours, elle l’avait déjà quand elle est arrivée ici." Une oreille presque arrachée, les coutures ouvertes, la bourre qui sortait, le genre d'objet qu’on jette sans y penser : son trésor.
— Elle fait ça souvent ?
— Presque chaque fois."
Quelque chose se serra en moi.
— Pourquoi ?
— Sa famille l’a laissée, pourtant elle est en bonne santé, propre, pas exigeante. Après ça, elle s’est accrochée à son nounours. Puis elle a commencé à le poser devant les gens qui passaient. Comme si elle croyait qu’en donnant ce qu’elle avait de mieux, quelqu’un finirait par vouloir d’elle. Ou juste la regarder. (Un petit rire forcé pour cacher l'émotion trop forte, discrète, la bénévole s'éloigne.)
Pendant ce temps, elle avait repris le nounours et reculé, comme si elle s’était trompée une fois de plus, comme pour me dire "excusez-moi". J’ai regardé à droite du côté des chatons, juste quelques pas tournés. Puis quelqu’un est passé devant son box, a regardé à peine une seconde et continué sa route droit vers les bébés. Pourtant elle s’était relevée et avait reposé le nounours devant la grille, à tout hasard. C'est ce qui m'a m’a fait mal, jusqu'à pleurer. Pas parce qu’on l’ignorait mais parce qu’elle recommençait quand même, parce qu’après avoir été abandonnée, délaissée, et, pire, tant et fois ignorée, elle trouvait encore la force d’espérer. Patiente. Sans agressivité. Parce que les choses sont ainsi, on ne comprend pas, mais on n'y peut rien. C’est ce qui m’a bouleversée.
Car c'est ce que je fais, moi aussi. Au passé idoine. Pas avec un jouet. Avec ma patience, ma gentillesse, mon énergie, mon corps parfois, on donne ce qu’on peut, ce qui nous coûte, espérant que cette fois quelqu’un vous regardera, et stt vous acceptera sans barguinier. Vous aimera peut-être mais il ne faut pas trop rêver.
Et on s'en va (ou on laisse partir l'autre) sans protester sans se retourner .. Et on recommence... toute ma vie se dessinait ici. Je me suis accroupie devant le box, en larmes, bénissant ma désespérante tignasse à la Angela Davis. Elle est revenue doucement, a posé le nounours entre nous, puis a levé les yeux vers moi. Hésitante, hésitante à l'espoir tjrs déçu, à exiger, à supplier, à demander. J’ai posé ma main près de la porte, mais pour l'ouvrir. Fermement :
— Je la prends.
La bénévole qui, sentant que quelque chose se passait, s'était discrètement retirée, pleurait aussi.
Ça fait deux ans. Aujourd’hui, Mina dort sur mon lit comme depuis toujours, me suit dans la cuisine le matin, m’attend patiemment près de la porte quand je rentre le soir, je lui ai acheté plein de jouets chers qui ne l’intéressent pas trop. Parce que celui qui compte vraiment, le seul, c’est Dodo, son vieux nounours adoré.Tous les soirs, elle le prend avec elle. Toutes les nuits, elle dort contre moi, ronronne, mais avec la patte dessus. Et à présent ce n’est plus pour se faire choisir, je suis là, solide, aimante. C’est juste un vieil ami qu’elle garde contre elle, car, surtout si on a été abandonnée, on n'abandonne pas à son tour qui vous a tenu dans ses bras quand tout était perdu, et vous a permis d'y survivre. Mina, qui a été si souvent trahie ou ignorée, elle, n'a pas oublié son vieux nounours pelé, (à présent reprisé) décoloré, son seul ami de détresse autrefois et ne le quittera jamais. Reconnaissante.
_________________
1er jet
J’étais venue pour un chaton. Une petite boule de poil rigolote. Puis j’ai vu une vieille chatte poser son seul jouet devant moi, comme si elle essayait de se faire aimer. Un chaton, c'était bien, j’étais fatiguée, des factures, des soucis. Fatiguée de rentrer le soir dans un appart silencieux et vide. Je voulais un joyeux compagnon, un bébé amusant.
Le refuge sentait cette odeur des animaux qu’on reconnaît tout de suite.
— "Des chatons, on en a plusieurs. Venez". La bénévole m’a emmenée au fond. Soudain, je me suis arrêtée devant un box placé bas. À l’intérieur, une petite chatte adulte, assise bien droite, avec un vieux nounours en peluche dans la gueule.
Elle ne miaulait pas, ne grattait pas, ne demandait rien, mais regardait les gens passer et dès que quelqu’un s’approchait, se levait, avançait doucement et posait le nounours devant la porte. Comme un petit cadeau ou une prière silencieuse et discrète.. juste pour qu'on la voie, qu'on la prenne en compte, elle n'osait pas demander plus tant elle avait vu des gens lui tourner le dos. Elle montrait ce qu’elle avait de plus précieux. Au cas ou.
— Ce nounours, elle l’avait déjà quand elle est arrivée ici."
Une oreille presque arrachée, les coutures ouvertes, la bourre qui sortait, le genre d'objet qu’on jette sans y penser : son trésor.
— Elle fait ça souvent ?
— Presque chaque fois."
Quelque chose se serra en moi.
— Pourquoi ?
— Sa famille l’a laissée, âgée, pourtant elle est en bonne santé, pas exigeante. Après ça, elle s’est accrochée à ce jouet. Puis elle a commencé à le poser devant les gens qui passent. Comme si elle croyait qu’en donnant ce qu’elle avait de mieux, quelqu’un finirait par vouloir d’elle. La regarder seulement. (Un petit rire bête pour cacher quelque chose qui vous touche trop fort.)
En attendant, elle a repris le nounours et a reculé un peu, comme si elle s’était trompée, une fois de plus, comme pour dire "excusez-moi"j'avais cru que.. J’ai tourné du côté des chatons, quelques pas. Puis quelqu’un est passé devant son box, a regardé à peine une seconde et continué sa route vers les bébés. Pourtant elle s’était relevée et avait reposé le nounours devant la porte, à tout hasard. C'est ce qui m’a fait pleurer. Pas parce qu’on l’ignorait mais parce qu’elle recommençait quand même à chaque fois. Parce qu’après avoir été abandonnée, délaissée, et tant et fois, ignorée, elle trouvait encore la force d’espérer. Patiente. Sans agressivité. Parce que les choses sont ainsi. C’est ce qui m’a bouleversé.
Car je fais ça, moi aussi. Pas avec un jouet. Avec ma patience, ma gentillesse, mon énergie, mon corps, on donne ce qu’on peut, parfois ce qui nous coûte, espérant que cette fois quelqu’un vous regardera, et stt prendra en compte et vous acceptera. Sinon on s'en ira sans protester ni se retourner .. et on recommencera avec d'autres. Toute ma vie se dessinait ici. Je me suis accroupie devant le box, en larmes. Elle est revenue doucement, a posé le nounours entre nous, puis a levé les yeux vers moi. Hésitant à l'espoir, si svt déçu. J’ai posé ma main près de la porte. Fermement :
— Je prends celle-là.
La bénévole qui s’était discrètement retirée pleurait. Moi aussi.
Ça fait deux ans. Aujourd’hui, Mina dort sur mon lit comme si c'était le cas depuis toujours, me suit dans la cuisine le matin, m’attend près de la porte quand je rentre, je lui ai acheté plein de jouets.. qui ne l’intéressent presque pas. Parce que celui qui compte vraiment, pour elle, c’est Dodo, son vieux nounours. Tous les soirs, elle le prend avec elle. Toutes les nuits, elle dort avec la patte dessus. Mais à présent ce n’est plus pour se faire choisir. C’est juste un vieil ami qu’elle garde contre elle, car, surtout si on a été abondonné, on n'abandonne pas qui vous a tenu dans ses bras quand tout était noir, perdu, et vous a permis d'y survivre. Mina est reconnaissante.
Commentaires
Enregistrer un commentaire