Autobiographie d'une intellectuelle issue de la classe ouvrière extrait 5
La cruauté extrême de la vie de ces enfants se lit sur leur visage déjà comme vieilli, dur, sans illusions ni espoir. Peut-être Marguerite ma grand-mère? qui dut quitter l'école juste l'année du certif, le drame de sa vie, et travailler à ? 10 ans ou moins lorsque son père (docker sur le port) fut accidenté et licencié sans indemnités tandis que sa mère était enceinte de Tantine Josée, la dernière-née!! qui naquit légèrement handicapée et nécessitades soins réguliers (des convulsions lui causèrent sans doute quelques lésions.) Les parents avaient autrefois quitté Saint Sauveur de Cruzieres, la terre, trop aride, ne pouvant faire vivre trois familles, pour l'Eldorado qu'était Marseille, la belle vie, par rapport au labeur écrasant et incessant de paysans juste "moyens" (il y avait encore bcp plus pauvres !) ce qui fut presque le cas jusqu'à l'accident. Marguerite, l'aînée, dut travailler ; avant ou après l'usine ? (c'est à dire la filature où on la cachait lorsqu'il y avait une inspection), elle garda des "enfants" (!) dans une riche famille juive de la rue Paradis avec lesquels elle se sentait bien, mangeant, précisait-elle, (ça ne devait pas être courant, exactement comme eux tous et à volonté, voire au delà puisqu'elle avait le droit de ramener le soir des restes, nombreux, aux siens. Poignant, même si la suite fût un petit miracle qui conduisit Fernand, son frère cadet, pour lequel elle s'était sacrifiée, (lui l'avait passé ce fameux certificat sans lequel rien n'était possible, ce dont il lui savait et lui a toujours su un gré infini) à la bourgeoisie voire la grande bourgeoisie, puis aux plus hautes fonctions. Je regrette de ne pas l'avoir assez questionnée.
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