Enfance ds sa totalité ou presque

Réponse à Jeanine. La mort de Jean.

Jai l'impression que tu n'as pas été suffisamment... comment dire, respectée ? ce n'est pas tout à fait ça, valorisée, peut-être, félicitée, parfois, oui, reconnue, voilà. C'est un point que nous avons en commun. Et ce n'est pas anodin. 

Un soir mon père, âgé, m'a dit : "mmmm... tu n'écris tout de même pas trop mal"... !?!? J'aurais du me méfier : il est mort le lendemain.

*il était journaliste à l'Est républicain et au Comtois, un cursus assez étonnant. Voilà (du moins pour ce que j'en sais, car nous n'étions pas proches, une litote) : il a été : 

1 engagé volontaire en 40 (devançant l'appel en laissant ses études ? de droit) dans l'armée pour combattre le nazisme. 

2 prisonnier de guerre cinq ans, le maximum: d'abord ouvrier agricole ds une ferme où malgré sa déficience d'intello, il était super bien traité, son patron fermier fasciné par sa culture, -il parlait parfaitement allemand, lisait Gœthe et Rilke ds le texte, ms acceptait volontiers à sa demande de raconter ... tout ce qu'en fait il ignorait en partie, Paris, Les folies Bergères, le French can can, le Moulin rouge etc.. - Puis il fut en stalag, (à côté de Dachau!), ceci de sa PROPRE  VOLONTÉ car il ne supportait pas de voir tuer des animaux ; déchiré de la séparation, je pense comme le paysan son patron si fier de "son français" au marché. Il semble qu'il ait eu qques pb avec son fils, et Jean n'avait jamais connu son père qui le disait bâtard*, ça s'emboitait bien entre les deux. Le paysan lui faisait une telle confiance qu'il lui avait avoué ne pas être nazi !!

-----------------

* je l'ai entendu à mi mot de mes tantes, qui adoraient de toutes manières ce petit frère d'où qu'il vienne ; qt à moi, être la petite fille de Jean Baptiste Larrivé, un sinistre personnage, ne m'enchantait pas plus (et même moins) que celle d'un maçon italien ou un autre des admirateurs de Claudia, nombreux... sauf que, lorsque, plus tard, je rencontrerai Fifine, (la soeur de Jean Baptiste mon supposé gd père, le doute ne fut plus permis : elle était, en femme, le double de mon père : même corps mince mais robuste, elle grimpa ses 3 étages d'une traite à 83 ans ! même front haut et yeux profonds, un joli visage fin à peine gâché par un nez droit mais un peu trop important, un cou un zeste décalé etc..  Jean !. 

----------------

3 libéré par les américains, retour en France PAR SES PROPRES MOYENS, comme tous ceux qui tenaient à peu près debout ! avec un laisser passer, un bon qui lui assurait la gratuité (!) des trains (!), un viatique de mettons 50 Fr (les étrangers n'y avaient pas droit, honte à nous ! ce que raconte Semprun ds son livre "le dernier voyage") et je crois des cigarettes qu'il a en partie échangées contre du pain... ils ont traversé Dresde à fond, la ville en feu... Ainsi est -il ainsi arrivé à Dijon ! a simplement sonné à la porte de la maison des allées du Parc, sa mère (qui le cherchait en vain au lieu de retour de la ville) a ouvert !!! et voilà. 

4 re-étudiant en droit tout en travaillant comme pigiste au Bien Public. Puis (?) ou en m temps ? ds un cabinet d'avocat ou de notaire. 

5 rencontre ma mère (traumatisée de guerre en voyage à Paris pour oublier) coup de foudre, mariage .. ms elle ne supporte pas Dijon ni peut-être? le snobisme des Larrivé (?) cultivés musiciens, élégants etc pour qui elle n'est qu'une "petite institutrice de province certes jolie mais pas très cultivée". Elle postule pour le Midi, est nommée à Clé, part, le laisse ? .. et peu après il lâche tout pour la rejoindre. Sans travail. Mais l'époque n'était pas au chômage.

6 la partie noire (mais pas si rare après guerre où on voyait des réfugiés, ingénieurs un temps brancardiers ou autre..) Il devient mineur de fond huit ans à Molière, où je suis née, puis, ma mère guérie (elle avait contracté une tuberculose sans doute par les enfants réfugiés qui affluaient à l'école, à la base mal nourris, et fut donnée pour perdue, ce fut une miraculée, peut-être reliée à la Nigelle et sûrement à la STREPTOMYCINE, ms avec des conséquences psychiques lourdes) ils déménagent à Alès où il travaille un an ? comme mécanicien auto ou vendeur ? Puis stt pour Singer... (machines à coudre)..

Et enfin, grâce à une de ses sœurs rédac chef il retourne au journalisme à Besançon et là réussit au-delà de toutes espérances (envoyé spécial en Allemagne, il est germaniste, et c'est l'époque du mur, ce qui bestsellerise l'info sur le sujet) ...  ms ma mère, en dépression, suicidaire (sait-elle qu'il la trompe*? ou est-ce l'exil du Midi, la séparation d'avec les siens, sa mère surtout ?) postule, obtient Marseille et part avec moi, sans lui. C'est la seule période de ma vie d'enfant (à part mon séjour chez ma gd mère tout bébé jusqu'à 2 ou 3 ans) pleinement heureuse. Plus de tensions, le soleil, la mer, les copines, le lycée Longchamps où personne ne m'ostracise et même où je suis valorisée. La séparation lui réussit. Ms ça ne dure pas. Il se sacrifie à nouveau, lâche tout, sa carrière etc**.. et arrive. Sans travail. Là, c'est la misère noire. On a un emprunt à payer pour la maison, que j'adore ! Et Lydie se désespère. Ms qd m le bonheur, relatif. Marseille !!  Le vallon des Auffes ! La mer... Lydie alors m'envoie le plus possible au Ranquet chez Marguerite ma gd mère adorée (qui avec sa sœur m'a gardée durant toute la maladie de ma mère, au Ranquet, la meilleure période de ma vie ms peu consciente) afin dit-elle que je mange à ma faim correctement.

C'est alors que pour soulager ma mère qui nous fait tous vivre (mon père travaille comme vendeur ds un magasin d'aspirateur et en même temps passe un diplôme d'électricien puis de moniteur d'auto-école) vivre, ms "à faim"*** (on a le fameux emprunt pour la maison à payer, je la vois suicidaire dès qu'elle sort de son bureau) elle n'en peut plus dit elle, je passe le concours de l'école normale d'institutrice d'Aix et hélas suis reçue. 

-------------------------

* Moi en tout cas, je le sais, ayant été amenée au Journal par le photographe de mon père, (il m'avait promis de me faire voir les rotatives le soir, mais.. )

Le brave Wackchald avait débarqué à la maison, (une sinistre HLM sans vue, gris, grailloneux, puant, horrible), avait demandé la permission à Lydie qui avait consenti... et me voilà folle de joie sur la grosse moto filant rapidement vers le journal. Le temps que Wackchald la gare, la verrouille, j'avais sauté et me voilà dans le long couloir... je trouve tout de suite le nom de mon père sur une porte et, tandis que le photographe au loin, surgit, criant, d'une voix curieusement angoissée : "LARRIVÉ !! TA FILLE !!" j'ai ouvert la porte. 

Curieux spectacle. Une jolie blonde est sur les genoux de mon père, visage contre visage, les corps cachés derrière le bureau... qu'était-ce ? J'avais 10 ans. Bizarre. Entre-temps ils s'étaient détachés, elle avait sauté debout, et, penchée, ils feignaient de lire un papier devant eux. Bizarre. Jean avait l'air, pour une fois, gêné. Bizarre. 

Wackchald entré en trombe derrière moi m'a saisi la main "viens vite voir elles vont démarrer"!! Et le gentil colosse de m'embarquer .. je file, tirée, en jetant tout de même un coup d'oeil en arrière, bizarre.. trop tard, il a claqué la porte.

Et c'est une splendeur qui me frappe à la figure. Les énormes rotatives sont prêtes, un geste de chef d'orchestre et elles s'ébranlent lentement, comme lourdes de leur charge, peinant, puis elles gagnent de la vitesse petit à petit et enfin explosent littéralement, avec le bruit d'un énorme coeur qui bat, accrochant à toute allure sur la rampe les feuilles qui filent, sèchent (?) et plus loin se plient automatiquement en serviettes et s'entassent en bout de chaîne, mises en carton fissa par des femmes en blouse penchées, il faut tenir le rythme.. pendant que derrière des camions en noria, garés à cul sont chargés par des costauds, et démarrent, qui vers Lons, qui vers Beaune, qui vers Dijon, etc.. vertiges. "Il y a les articles de ton papa et mes photos" me dit Wackchald gentiment. Éblouie. 

Il me ramène à Montrapont. Durant le trajet je m'interroge. Que se passait-il ds le bureau ? J'ai qd m compris que c'est quelque chose que je ne devais pas voir. Nous n'en avons jamais parlé (de toutes manières il ne me parlait jamais.)

Enfance ... la clef de sa haine ? Peu après Lydie voulut se tuer mais généreuse commencer par moi. Une bonne mère en somme.

**La plupart de ces informations ou du moins leurs explications sont indirectes, issues de Lydie, parfois de mes tantes, ou .. de Marguerite la belle-mère de Jean qui l'adorait (!) car il ne me parlait JAMAIS. Mais peu avant sa mort, alors qu'il était mal en point, j'ai osé, pensant que à l'époque la "FAMILLE" lui manquait, j'ai osé lui poser la question ("as tu quitté l'Est pour moi ?" ---ce qui aurait expliqué sa haine--- ) sa réponse indignée me claqua à la figure "bien sûr que non enfin, voyons !!"

*** j'ai le souvenir des morceaux savoureux mais maigres que Lydie sert tjrs en premier à mon père en plaisantant "ration de l'homme" et pas à moi, qui fais semblant de rien..

------------------------

La "Norm" ! C'est l'enfer. Harcèlement, l'horreur. Je suis seule de la promo, la dernière, car issue d'un (bon) lycée, sans prépa spéciale, donc je représente malgré moi la preuve évidente de la supériorité de ceux- ci sur les collèges et leurs classes préparant au rabais les filles pauvres à un travail féminin subalterne, infirmières,  postières, instit..  par concours, ce qui, en cas d'échec, les laissait sut le carreau avec un an de retard, la quasi impossibilité d'intégrer un lycée.. (les matières étant limitées) alors qu'elles AVAIENT ÉTÉ PRÉ SÉLECTIONNÉES PARMI LES MEILLEURES !!! Paradoxe sans doute voulu par le système pour cuisiner une sous classe docile. Les parents déjà incapables de financer des études (payantes au-delà de la 3ième), elles étaient vouées à des tâches déqualifiées : de l'art de pousser les pauvres vers des voies sans issues... les pauvres qui, même ayant réussi, le concours d'instit, (ds le meilleur des cas) seront de toutes manières bloquées, mais plus tard, avec le bac. Ce qui advint pour moi.

Je supplie mes parents de me reprendre. Refus absolu. Le pire est qu'entre temps mon père, (ma mère est à la maneuvre) a fondé à St Ambroix (son village, à 250 km d'Aix, et l'époque n'est ni au TGV ni à l'internet) une entreprise (une auto école) qui d'emblée marche du feu de Dieu. Nous voilà enfin riches. Emprunt quasi payé tout baigne.. 

Mais cela ne change rien. Inflexibles ils sont. Je dois rester à Aix, je suis ainsi assurée d'avoir un métier sûr, honorable, et ne leur coûte plus rien. Jean gagne du fric certes mais la peur de manquer les taraude, stt après l'épisode de misère absolue à Marseille qui a conduit Lydie en désespoir à réclamer de l'aide à sa mère et à son frère, certes accordée sans pb mais quelle humiliante démarche pour cette chef de sa famille originaire orgueilleuse modèle qui réussissait tout.

Quant à Jean, il est heureux, batifole et s'en fout. Définitivement "out", je ne dois revenir qu'aux vacances et encore n'est- ce pas sûr, (le trajet à l'époque avec 4 changements prend quasi une journée!) Me voilà donc laissée sur le bord de la route malgré leur récente prospérité. J'entends seulement comme réconfort "trois ans c'est vite passé, tu verras" ! un cinquième de mon âge. (Une hypocrisie crasse comme on le verra car ensuite, nommée je ne sais où, ce que Lydie n'ignore pas, ds des bleds totalement inaccessibles svt, je serai bien définitivement "out". .) Je ne tiendrai pas. Je veux fuir l'enfer de la "norm". Refus encore, ce n'est plus la peine d'insister. C'est décidé! Point. Sans appel. (Mineure je ne puis démissionner seule sinon je me serai peut-être débrouillée.)

J'annonce alors clairement mon suicide. indifférence. Agressivite. Pas de chantage stp. Une amie de la norm, ma cothurne en qque sorte, nous dormons cote à cote en bout de dortoir, Gilda, m'aide. Une fille extraordinaire à laquelle je dois bcp. Bcp plus âgée que nous toutes, cas social, ce que ns sommes plus ou moins toutes, mais extrême, elle a ss dte été repêchée par un brave prof de collège, d'un  abominable marigot  : père patron de bar, (louche?) mère "out" on ne sait pourquoi, elle n'en parlait jamais, la carrière qui lui était proposée à elle et sa petite sœur ! était toute tracée.. Du coup, elle vouait une reconnaissance infinie à "la norm", aux profs, même les plus méprisantes, prête à toutes les bassesses pour être reconnue, poussant la servilité jusqu'à sans doute jouer les indics (ce qu'elle m'avoua plus ou moins, soit par amitié, soit pensant qu'au plus bas de l'échelle où je me trouvais, je ne représentais aucun danger, ce qui était vrai.) Une chouette fille pourtant qui me disait clairement "ne me dis pas ... je te trahirai si j'y ai intérêt, je dois sauver ma petite sœur sinon elle finira..." Me voyant désespérée, priant, moi, athée, un santon de la vierge ! pleurant toute les nuits, épuisée au matin, elle finit par me conseiller le suicide, gentiment, le mieux serait de te rater ms il faut courir le risque pour qu'ils te croient, de ttes manières tu n'as plus rien à perdre. Nous nous épaulions, je cherchais à fuir, elle cherchait un moyen de tuer sa belle-mère, cause de tous ses drames, (dont elle ne disait sûrement pas tout) pour protéger sa petite sœur, et j'essayais d'y réfléchir aussi mais j'avais peu de compétence en la matière. Je lui conseillait plutôt de tuer son père enfin voilà... elle poussait le dévouement jusqu'à travailler le jeudi, notre seul jour de repos et parfois de sortie, aux "franca" (centre pour jeunes enfants) pour un peu d'argent, qu'elle envoyait sa sœur. 

Je m'exécute*. Enfin libre. Provisoirement l'école normale me lâche : me voilà de retour ds ma famille, au Lycée d'Alès. 

------------------------

* curieuse tentative de suicide qui a eu le mérite imprévu de me DÉBARRASSER COMPLÈTEMENT DES ENNUIS INTESTINAUX qui me pourrissaient la vie depuis tjrs. Incapable que j'étais de sortir longtemps sauf à la campagne (dans Marseille) sans un point de chute pour s'exonérer. Dommage, je ne me souviens plus de ce que j'ai avalé au hasard ds cette pièce spéciale où personne n'allait mais où on stockait des médicaments à envoyer en Afrique. J'ai pris le plus haut, tout écrasé ds un verre à pied de chimie, c'était horrible, imbuvable, tant pis. De toutes manières je ne tenais pas trop à mourir mais courrais le risque, le geste qui de toutes manières allait le tirer d'affaire, d'une manière ou d'une autre. Je me souviens n'avoir eu aucune peur, m'être sentie légère, heureuse, sure que de toutes manières le cauchemar allait finir. J'ai peaufiné avec un coup de rasoir sur mes poignets,  sans effet ss dte en raison du froid glacial qui régnait ds la pièce et de mon erreur anatomique j'ai raté l'artère. Puis je me suis effondrée et ai tout vomi. J'aivrenoncé après hésitation à me défenestrer redoutant le ratage et l'infirmité.

Je note ici que la seule personne qui fût honnête fut la CPE qui avoua s'être doutée "de quelque chose" et se sentir CULPABILISÉE, la directrice qui m'avait condamnée, lorsqu'elle me convoqua, et m'annonça froidement que ma requête était refusée, qui me vit liquéfiée au point de ne pouvoir bouger, ce qui l'agaça très fort "mais c'est tout, vous pouvez disposer, SORTEZ !" je n'entendais plus rien, c'était une condamnation à mort qu'elle venait de me signifier ... sa colère éclata, "IMMÉDIATEMENT et PAS DE COMÉDIE! ... de la dignité enfin"...  etc... la DIRECTRICE donc prétendit ne rien avoir observé. Rien su. Qui aurait pu se douter ? Idem mes parents "on ne savait pas"... (!) Si on avait pu se douter... c'est à dire qu'on n'y croyait pas" tempèrera Lydie, moins menteuse que les autres. En un sens ce fut bénéfique : lorsque je vis à quel point ils pouvaient mentir en chœur sans la moindre hésitation, cela me fit ensuite douter systématiquement des assertions de tous les adultes contre nous. Plus sagace.

Autre observation : la norm semble avoir été, j'en ai conscience à présent, un repaire de trafic d'ado, plus exactement de butches sadiques jouissant de tout pouvoir sur les "scrayettes" qui leur étaient livrées fraîches .. tout en étant paradoxalement en apparence très soucieuses de notre moralité (!) Ainsi fus- je convoquée, ma mère aussi, (en général c'était pour un fait grave !) une pionne dont à la voix on doutait qu'elle fût une femme m'ayant "dénoncée" parce qu'elle avait trouvé en fouillant mon armoire (nous n'avions strictement aucune intimité et celle-ci s'acharnait sur moi, sans doute jugeait-elle qu'isolée, personne ne me défendrait, ce qui n'était pas faux) "Lolita" le livre de Nabokov, que du reste je n'avais pas lu car dès le départ il m'avait superlativement rasée !! 

Hypocrisie, paradoxe, délations, hiérarchies absolues et hideuses, (nous devions appeler la directrice Madame et lui parler à la 3ième personne : Lydie résistante !! des années après son propre passage ds ces lieux maudits ms à Nîmes parlait encore ainsi de 'sa' directrice!)  servantes, maîtresses, et limite agressions sexuelles, l'une les pionnes-mec ayant pour habitude le matin d'ouvrir d'un coup sec les rideaux des box du dortoir ou de tirer les draps de lit des thurnes pour "vérifier" (!) fouiller notre linge, sale ou propre etc..  (celle ci en avait après moi ) nous baignions ds une immonde atmosphère de marigot puant le sexe pervers. Toutes furent institutrices ensuite..

--------------------------

Sourde un temps, je suis donc de retour dans ma "famille".. Mais rien ne sera désormais plus pareil. Je sais devoir ma place (!) ds ce qu'on appelle famille, au Ranquet à cette ordalie et non à eux. Et même CONTRE eux. Je réalise que DEPUIS TOUJOURS JE SUIS POUR EUX UN FARDEAU INSURMONTABLE DONT IL EST VITAL DE SE DÉBARRASSER AU PLUS TÔT ET À N'IMPORTE QUEL PRIX. Nos relations, stt avec Jean (c'est lui semble-t-il qui s'est le plus fermement opposé à mon retour) sont exécrables... jusqu'à un paroxysme que je ne veux pas citer ici. Plus tard on verra. PAROXYSME OUI*. Je suis devenue hautaine parfois quasi méprisante. Je les toise? En tout cas, je ne suis plus une enfant. Mais une femme qui a du se battre trop jeune, sans armes, plus exactement avec des 'contre armes", pour simplement vivre, et de surcroît se battre contre eux, qui de facto voulaient ma perte. 

-------------------

*Une agression sexuelle ni plus ni moins, ultra violente.

------------------

Entre temps donc, Jean gagne du fric et trompe ma mère quasi ouvertement. C'est là que surviennent encore ses tentatives de suicide en séries. Toujours ratées ms de pire en pire. Mon père, heureux, devenu un petit notable de bled, admiré de ces dames et d'une élite souvent de "pseudos" provinciaux svt de ménine envergure, batifole. Arrive le bac... mais l'école normale m'attend au coin du bois. 

Je veux étudier la philo, beruf qui m'a sauvée en terminale : sans efforts je suis devenue leader incontesté de la classe, moi l'ex petit chose houspillé, méprisé, insultée, réduite au suicide dans cette norm de merde dont je suis sortie les pieds devant ... une promotion éblouissante, inespérée. Ms je me sens tout de même trop abîmée par ce cursus pour pouvoir me tirer totalement d'affaire sans l'étaie d'une valorisation officielle, un savoir reconnu, des livres, un diplôme etc..  Trop rembarrée, trop maltraitée, trop peu sûre de moi. Ma mère refuse. Sans appel. Cette fois, c'est elle. Incontestablement. Pour qui me prends-je ? Institutrice c'est très bien POUR UNE FEMME. Mon père (comme toujours) ne s'intéresse pas à moi, ne me VOIT littéralement pas. Il gagne du fric, batifole  heu reux.

C'est une hépatite virale qui m'a sauvée : la "norm" me voyant débouler à Nimes pour mon stage de 4 ième année** dans cet état, jaune de la tête aux pieds quoiqu'en forme, relativement, a fini par CONTRAINDRE mes parents (car je suis mineure!) à me reprendre, à me laisser démissionner. Ont-ils du payer pour s'acquitter de la bourse dont je crois avoir bénéficié depuis le concours ? Je l'ignore. Je me suis inscrite en fac en cachette. Et je suis tirée d'affaire. Presque.

-----------------------

** NÎMES... La norm. Nous étions formatées à l'obéissance absolue, au servage, je me souviens avoir été interdite de pantalon et lorsque j'avais voulu protester (je n'avais pas de jupe) m'étre fait rembarrer par la directrice à qui j'avais osé demander audience ! Un affront ! Elle me rembarra en ces termes "je suis Madame et non votre copine et vous devez ainsi me parler, vous n'êtes rien qu'une scrayette de peu".. (!) Voila comment on forme les institutrices.

--------------------

De Jean, voilà le cursus. Et avec le sien, le mien. Etrange, le meilleur et le pire. Un être beau, cultivé, doué ms incapable de vivre, qui n'a pu s'empêcher d'aller à chaque fois droit dans le mur, pour des motifs parfois justes voire héroïques certes, parfois d'un égoïsme odieux inénarrable*. Pour qui un enfant était totalement superfétatoire. Heureusement il y a eu Marguerite et Josée  .. 

--------------

* Peu avant sa mort, j'essayai in extremis de comprendre POURQUOI, pourquoi il ne s'était jamais opposé aux brimades infligées, aux coups, aux gifles que Lydie m'assenait, à ses diktats destructeurs sans raison (interdiction de musique, - le piano que j'adorais- , de chant, d'études..  (je ne lui ai pas reproché qu'elle ait exigé que je brûle mon journal, des caisses entières !!  car il n'était pas présent lors de l'épisode) ...  il eut cette phrase révélatrice qui sur le coup m'apparut logique mais qui est en fait révélatrice de sa nature, un puits sans fond d'égoïsme enfantin : " "ce que je n'ai pas fait pour moi, tu ne voulais tout de même pas que je le fasse pour toi?"... Voilà. À contrario bcp de femmes battues se mettent en avant contre le cogneur, portent plainte lorsqu'il s'en prend à leurs enfants... pas Jean.

---------------------

Son seul compliment, il ne me l'a adressé qu'à la veille de sa mort.

Note : étonnant, il fut un aussi bon gd père qu'il fut un père détestable.














 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La détresse paie bien. Arnaques sur des groupes FB d'aides aux victimes du va%xi&